le making-of

Dans quelles conditions ?

La prise de vues dans la nature ne permet évidemment pas au photographe de maitriser les conditions de travail. La pluie, le vent, la neige, le froid intense ou la chaleur accablante sont autant d'éléments avec lesquels il faudra composer. Chaque situation aux éléments naturels particuliers, donnera des images elles aussi tout à fait spécifiques.
Si le franc soleil est encore souvent perçu comme un certain idéal, il n'en demeure pas moins que toutes les autres situations sont également à prendre en considération. La tendance actuelle, visible dans le travail de certains grands photographes, étant même de privilégier les conditions, sinon extrêmes, du moins celles qui donneront un cachet original aux images. C'est dès lors en tentant le coup sous la pluie battante ou dans les giboulées, que j'essaie également de sortir des images différentes et plus fortes. Ce qui tombe du ciel étant de nature à donner de la consistance à l'air et donc en quelque sorte remplir l'image de "matière".
Personnellement, je préfère le froid et je supporte beaucoup moins bien la chaleur.
Mais même si je choisi autant que possible de sortir par tous les temps, il n'en demeure pas moins que les sujets ne seront pas forcément là où je voudrait qu'ils soient, nez au vent ou sous les flocons. Il faut alors tenter sans cesse de nouvelles sorties, de nouveaux affûts, jusqu'à réunir tous les éléments favorables à la réalisation d'une belle image. Ce qui n'est pas simple.

Avec quoi ?

Le matériel prend incontestablement une place quasi obsessionnelle dans l'esprit du débutant.
Avec encore trop souvent la certitude qu'il faut du gros et du lourd, pour être un bon photographe !
S'il est clair qu'une longue focale est un point important dans le matériel de base, il est également avéré qu'il est tout à fait possible de sortir de très bonnes images avec n'importe quelle focale. L'objectif n'étant qu'un élément parmi d'autres, tout aussi déterminants. La guerre des marques est aussi un sujet récurent et à mon sens relativement dénué de sens.
Il faut du bon matériel, bien sûr, fiable, mais surtout bien adapté à son usage, à ses propres capacités et surtout à son budget. Mon premier téléobjectif était un vieux 400 mm d'ouverture F 6.3 et à monture pas de vis 42 mm.
Il m'aura fallu près de 20 ans et de multiples étapes plus ou moins performantes et judicieuses avant d'acquérir enfin un téléobjectif digne de ce nom. Actuellement, le 500 mm stabilisé est mon objectif de prédilection, complété par des zoom de plus courtes focales et un objectif macro. J'utilise deux boitiers. Un capteur plein format 24X36 et un capteur plus petit au facteur 1.3x.
Je pense que si le matériel est important, il n'est que la partie "mécanique" de la réalisation des images.
Il ne faut pas perdre de vue que sans une belle lumière, une belle composition, autrement dit sans un regard et une certaine sensibilité, il n'y a pas de belle photo.

A quels endroits ?

Je reste convaincu que c'est près de chez soi que l'on est le plus performant.
A force de fréquenter encore et encore les mêmes endroits, de parcourir les mêmes sentiers, d'affûter les mêmes lisières et les mêmes étangs, on en acquiert une connaissance très fine, même parfois inconsciemment. On connait les habitudes de la faune, les caractéristiques du terrain, la direction de la lumière selon les saisons, l'intérêt de prendre telle direction ou telle autre.
Bref, on se sent à l'aise et donc on parvient à être discret et efficace.
Mais, bien sûr, voir d'autres horizons et rencontrer d'autres espèces est une envie bien légitime, à laquelle je cède autant que possible.
J'ai une attirance pour les grands espaces nordiques, ce n'est sans doute pas original. Mes racines sont quelques part dans la tourbe des Hautes-Fagnes. Ces landes et tourbières de l'Ardenne belge. Dès lors, la taïga et la sphaigne scandinave évoquent certainement quelque chose de viscéral en moi. Avec cette différence de taille qui concerne la pression humaine, cent fois moindre dans le nord de l'Europe que dans ma province natale. Ressentir la solitude, au coeur de grands espaces, parfois hostiles, parfois plus chaleureux (je parle du climat bien sûr), est un sentiment de grande plénitude. Mais je reviens toujours avec autant de plaisir dans mes petites vallées ardennaises ou ma tourbière belge. C'est mon terroir et je ne m'en lasse pas.